Indépendance cha cha » a une histoire qui mérite d’être contée à ce jubilé d’or de la RDC !

Publié le par serkas

« Indépendance cha cha » a une histoire qui mérite d’être contée à ce jubilé d’or de la RDC ! Kinshasa, 29/06/2010 / Politique Un compatriote de la diaspora à Ottawa au Canada, Djamba Yohé, Gaston-Marie F. raconte la petite et très édifiante histoire de la création de l’immortelle chanson fétiche de l’indépendance « Indépendance cha cha ! », œuvre reconnue uen composition de l’artise-musicien Joseph Kabasele alias Kallé La Table ronde devant débuter le 20 janvier 1960, vont se tenir du 18 au 19 janvier les travaux préparatoires au ministère des Colonies. Les participants congolais auront la nette impression que De Schrijver s’ingéniait à les dresser les uns contre les autres et à exploiter leurs querelles et divisions. En réaction, ils décideront, le 19 janvier, la création d’un « Front commun », où ils prenaient l’engagement solennel d’unir leurs efforts pour l’accession du Congo à l’indépendance immédiate, dans l’unité, et en défendant les mêmes propositions sur toutes les questions inscrites à l’ordre du jour. Les signataires de la charte constitutive du Front commun estimaient que « la Belgique est représentée par son gouvernement responsable, dont les ministres présents sont les porte-paroles. Ainsi, sur des problèmes qui entraînent des décisions législatives ou réglementaires belges, les résolutions de la Table ronde signifient un engagement du gouvernement tout entier. L’accord des représentants des divers partis belges constitue un engagement des groupes parlementaires, à adopter au Parlement les décisions de la Table ronde, qui seront coulées en projets de loi, déposés d’urgence ». La Conférence de la Table ronde belgo-congolaise de Bruxelles s’était ouverte le 20 janvier 1960 au Palais des Congrès, par le discours du Premier ministre Gaston Eyskens. Sur le but du forum, il déclarait que « la Table ronde a pour but de mettre en présence Congolais entre eux d’une part, Congolais et Belges d’autre part ; ils auront à trouver ensemble, et, c’est là l’objectif de cette conférence, les moyens d’organiser pratiquement l’exercice du pouvoir. Cette œuvre s’inspirera non seulement des principes démocratiques et des aspirations profondes des populations africaines, mais aussi des exigences de l’intérêt général du Congo ». Il excluait toute idée d’imposer un ordre du jour rigide, qui incombait à la conférence elle-même. Mais il limitait, toutefois, l’initiative du forum : « Nous ne sommes pas ici, Messieurs, pour faire une Constitution congolaise ». Après ce discours d’inauguration, le vice-Premier ministre belge Albert Lilar fut élu président de la Table ronde. Les travaux allaient durer exactement un mois. La clôture aura lieu le 21 février, par un discours pathétique et poignant du Roi Baudouin. Source : "Le Front commun" TSHILOMBO MUNYENGAYI, ASS., FAC. DROIT, UNIKIN. I. Les amitiés musico-politiques Contrairement à ce que d'aucuns peuvent croire, le projet Indépendance Cha Cha ne fut pas une entreprise collective ni une initiative des ténors du mouvement de l'indépendance. La paternité de l'Indépendance Cha Cha est une résolution personnelle de Patrice Émery Lumumba. C'est lui et lui seul qui a pensé à l'instant qui devait être celui de la Proclamation de l'indépendance et comment ce moment devait être célébré. C'est à partir de 1958, après la création du MNC, que ce projet voit le jour. Joseph Kabaselle est mis à contribution. La conversation de Lumumba et ce musicien est axé sur les vertus de la liberté. Les deux personnalités passent en revue par représentation mentale ce que peut être un pays dont les maîtres aux commandes de l'État sont les autochtones eux-mêmes. En même temps, de mes conversations que j'avais avec le Grand Kallé, tout a été passé au peigne fin, même l'épisode de son renvoi de l'École qui n'aurait pas pu être possible si c'était un Congolais qui dirigeait le pays. Il faut noter que Joseph Kabaselle fut renvoyé de l'École alors qu'il était en dernière année à l'approche de sa diplômation (terme canadien de recevoir le diplôme). Cette introduction faite, revoyons ce que fut la vie des auteurs de l'idée d'indépendance Cha Cha avant 1960. Ils étaient presque tous dans la jeune trentaine au début de 1960, mais pas tous, car des petits frères comme toujours, il y en avait. Évidemment, les ténors du groupe du "Cénacle Indépendance Chacha" avait presque standardisé leur âge avec trois décennies d'existence plus ou moins consommée. Patrice Lumumba avait 35 ans, Grand Kallé avait 30 ans, Vicky Longomba avait 28 ans et Roger Izeidy avait 25 ans, si mes souvenirs sont bons. Le MNC était un Parti politique libéral, on y trouvait des hommes et des femmes qui n'étaient pas nécessairement des personnes sur lesquelles le clergé avait pouvoir. Il y a une raison à cela. En 1950 ou 1954 (Rochereau et Simaro peuvent connaître l'année exacte), le Père Raphaël de la Kethule avait renvoyé toute une promotion des finalistes (au Canada des finissants) de l'École Saint Raphaël d'Immo-Congo, les grandes figures brillantes de la cour scolaire. Parmi ceux-ci, il y avait le Grand Kallé. Motif : la conduite de ce jeune homme et ses compagnons porte atteinte à la conduite des jeunes filles et des jeunes gens qui doivent être préservés. Notons qu'à l'époque, ce sont les Catholiques et les Protestants, les Salutistes aussi, qui tiennent les écoles publiques. Il va de soi que ces Directeurs de facto de l'Éducation encore non-nationale, mais du Ministère des Colonies, ne peuvent que vouloir un enseignement qui ressemble à leur doctrine. Aussi, le Congo n'est pas dirigé par ses fils, il est nommé administrativement "Congo-Belge" , et c'est comme cela que ce pays est présenté sur la carte géographique. En vérité, l'esprit de Joseph Kabaselle était ce qui faisait problème. Grand Kallé avait des parents aisés qui lui procuraient tout. A ce début des années '50, ce jeune homme, neveu du futur Cardinal de Kinshasa était aussi un musicien classique comme Pré-chantre, c'est-à-dire quelqu'un supposé devenir chantre à la Chorale Grégorienne de Sainte Anne, la seule Église congolaise qui disposait à l’époque des Orgues de dimension universellement acceptée comme instrument d'orchestre. Ainsi, voir Kabaselle s'intéresser de plus en plus aux chansons de : •Tino Rossi ; •Jean Sablon ; •Maurice Chevalier ; •Frank Sinatra ; •Marcel Mouloudji ; •Luis Mariano, etc ... Pour Joseph Kabaselle, ce ne fut pas souhaité qu'il prenne une orientation de se séculariser et d'être moins engagé aux activités qui entraînent plusieurs jeunes comme lui aux activités d'obédience catholique. Kallé était un leader et ce qu'il faisait ne passait pas inaperçu de ses contemporains. Comme chez ses parents arrivent des adolescents mélomanes par milliers pour écouter les musiciens d'Europe et d'Amérique que la fin de la "Deuxième Guerre Mondiale" a générés, les éducateurs du jeune Kabaselle s'inquiètent et discutent avec ses parent pour que leur fils change d'itinéraire de conduite, mais ce dernier est déjà branché, il aime la musique, il veut devenir musicien et il a rassemblé autour de lui des personnalités qui ne peuvent pas l'encourager d'abandonner l'option qu'il a prise, celle de vivre de la musique comme un professionnel et comme vedette. Les amis de Kallé ont pour nom : •Masta Zambar, il ne va pas à la messe le dimanche, •Dewayon, un grand guitariste qui a aussi une cour dans laquelle on découvre un certain François Luambo qui a entre 12 et 14 ans, il dira de cette époque "Nabetaki moto na nzete, nzete ekauki", c'était pour dire la force qu'il a eu après avoir été "Kamoné" par un grand bill du quartier (Kamo en swahili de Lubumbashi, ni ma lawa ile kama bana ku tshandja bijimba) ; •Vicky Longomba un grand ami de Guy Léon Filla des Bantous de la Capitale, puis Juge à la Cour de la République Populaire du Congo, chez qui il m'envoyait, pour ma sécurité, quand il savait que j'allais à Brazzaville, pourtant il savait que j'y avais des amis ; •Essous Serge qui travaillait à Kinshasa dans ses jeunes années, mais grand saxophoniste, clarinettiste et même guitariste rarement ; •Tshilumba Baloji alias Tino Baroza, guitariste classique et aspirant enseignant de musique ; •Lucie Eyenga, une jeune femme qui n'avait pas peur de chanter en public et que l'on ne pouvait pas forcer de se marier ; •De Edouard Lutula, alias "Edo Clari" un ami d'enfance très doué en musique et qui n'avait pas de rival pour la clarinette à son époque et plus tard ingénieur en construction navale à l'Otraco et Onatra, etc. •Des petits frères comme le Dr Nico qu'amenait son grand frère Déchaud, guitariste accompagnateur ; Ce portrait des amitiés de Grand Kallé ne rassurait personne parmi ses enseignants. Il fallait lui trouver un motif de contrariété pour le chasser de l'école, car dans l'air du temps, la Belgique laïque commençait à obliger le Congo-Belge d'accepter l'enseignement non confessionnelle, c'est-à-dire des écoles que ne dirigent pas les religieux, mais les civils croyants et non croyants. Cela n’allait d’ailleurs pas tarder. En 1954, M. Buisseret, le Ministre des Colonies, inaugure cette sorte d'enseignement. Dès lors, les esprits s’échauffent à l’idée de liberté longtemps brimée. Le mouvement de la décolonisation prend de l'embonpoint. Joseph Kabaselle est chassé de l'école, il va se consacrer à organiser son orchestre embryonnaire de 1950 et qu'il nomme aussitôt du nom de "African Jazz". Or, c'est ce genre de groupe de divertissement qui n'est pas contrôlé par le pouvoir sous la tutelle cléricale qui plaît à Patrice Lumumba. En 1957, quand Lumumba habite Léopoldville, c'est dans les ambiances de l'African Jazz qu'il va se divertir. Lumumba a un ami nommé "Mulenda". Avec ce dernier, Joseph Kabaselle rencontre un alter ego, ces deux hommes vont cheminer ensemble longtemps après la mort de Lumumba sans s'abandonner jusqu'au décès du fondateur de l'African Jazz. Mais dans le renvoie de Kallé de l'école, il y a aussi Roger Izeidy Mokoy qui fait également les frais de cette mesure. Tous les deux se décident de cheminer également sans s'éloigner l'un de l'autre. La notoriété de Kallé devient très grande, mais on cole à son nom celui de Roger. On parlait toujours de Kallé-Roger comme tandem. Pour beaucoup de personnes, cela pouvait passer pour une et une même personne. Ce fut mon cas quand j'étais « z'enfant ». Bientôt, avec la naissance du MNC, c'est l'African Jazz qui devient le Cercle des militants et des sympathisants de cet orchestre. Comme Lumumba est un agent commercial de l'UNIBRA, il se révèle le bien-aimé des tenanciers de débits de boisson, car ceux-ci savent qu'avec lui, ils peuvent augmenter leur quota en mètre cube de la quantité des bières à vendre, mais aussi, se faire une clientèle plus large et se la garder permanente avec l'afflux des militants du MNC qui gonflent les rangs de ce parti chaque fois que les cartes des membres sont vendus dans leur lieu. Pour Kallé, c'est aussi une occasion d'élargir son Fan Club et la vente de ses disques. À ce tableau s'ajoutent d'autres considérations toute à fait fortuite. Ce sont les incidences des affinités ethno-culturelles de Kallé avec Longomba Victor, tandis qu’avec Roger Izeidy, c'est la relation de petit frère à grand frère qui prime. Kallé a beaucoup de cordes à son arc : il est né à Matadi, il a un oncle curé dont la réputation est très prolifique au point que ses sermons à la Paroisse Christ-Roi de (la commune de) Dendale lui vaut des visites des Prélats venant de loin. L'Abbé Malula est aussi musicien. Par la lecture à vue, il lit les notes et écrit la passion de Jésus Christ selon Saint Mathtieu. Mais restons un peu sur sa notoriété : Après son ordination, Joseph-Albert Malula est d’abord professeur dans un Petit Séminaire à Bokoro. Quelques mois seulement après cette première affectation, il devra acquiescer à la demande formulée par Mgr Scalais, vicaire apostolique de Kinshasa, le nommant vicaire à la paroisse Saint Pierre, puis l’invitant à prendre la charge de la paroisse Christ-Roi et, plus tard, celle de Saint Pierre : deux des plus anciennes et plus grandes paroisses de Léopoldville. Premier prêtre autochtone à exercer la charge de « curé » à Kinshasa, alors bastion belge de l’Église missionnaire et coloniale, la nouvelle de cette nomination se répand comme une traînée de poudre et fait une forte sensation à travers tout le Congo belge. Témoin privilégié de ses premiers parcours, son ami Eugène Moke écrit à ce sujet : « À vélo, il rend visite à ses paroissiens qui s’attachent de plus en plus à lui ». En très peu de temps, le « petit curé noir » avait acquis une notoriété dépassant le cadre de son ministère et de sa paroisse. Surnommé par la population belge du Congo de « prêtre noir à la soutane blanche », sa renommée va de plus en plus grandissante. Toujours selon Mgr Moke, dès ces premières années, le jeune prêtre s'est montré très dynamique face au scepticisme ambiant de certains missionnaires et évêques missionnaires bien pensants. Sa vigueur dans la prédication, son éloquence, son zèle apostolique, sa capacité de gouvernance, sa vision de l’Église et son sens de travail en équipe lui assurent une confiance sans réserve de la part de son évêque, Mgr Scalais. La réputation de Joseph provoque une telle curiosité qu’un Evêque venu des Régions, Mgr De Hemptinne du Katanga, arrive à Léopoldville pour voir ce jeune prêtre indigène à qui l’on avait confié une paroisse en pleine ville de Léopoldville et dont la réputation dépasse les frontière de la capitale coloniale. «Il le vit... et il crut. Plus de préjugés... car l’esprit est à l’œuvre même chez les païens. » (Moke, Itinéraire et mémoires, p. 55) (référence?) Source : Wikipédia. "Les premières années de ministère : de 1946 à 1959". Ceci montre comment les circonstances favorisent Joseph Kabaselle à prendre les ailes d'un parcours qui lui sera d'un concours sans précédent. On raconte encore par les ainés que Joseph-Albert Malula a écrit des chansons qu'il a remises à Kallé. Ce qui est vrai, comme le Père Buffalo, ce jeune prêtre était capable de corriger la musique et Kallé en a bien profité, sans mentir. Or, comme lui-même, il est aussi bon lecteur du solfège. Il n'en fallait pas plus pour qu'il éveille de l'intérêt chez plusieurs Congolais libéraux et surtout indépendantistes. Les gens ont gardé à la mémoire son renvoi spectaculaire de l'école. Kabaselle était dès lors l'homme indiqué pour le MNC en vue de consolider une relation plus qu'efficace. Les amitiés musico-politiques de Lumumba trouve un terreau fertile pour son projet de l'indépendance du Congo. À côté de Joseph Kabaselle, il y a Vicky Longomba et Franco qui se réclament d'une même origine ancestrale, et le tour est joué. Joseph Kabaselle pour sa part ne se sentait pas moins Mukongo, puisqu’il est né à Matadi et y a étudié dans son bas âge. Ce passé lui donne toutes les dispositions pour garder le Madimbadien Franco dans son pourtour, bien que celui-ci soit musicien dans l'OK Jazz. Il faut aussi dire que l'indépendance n'a pas d'obédience pour son Fan Club où on veut que le Mundele (le Blanc) s'en aille. C'est de l'OK Jazz que le MNC, par Lumumba, va être promotionné avant tout marketing politique. Voilà dans quelles circonstances des débuts des années '60 se secrète l'ambiance d'une grande nervosité des Belges sentant perdre le pied au Congo. Nartube. net En fait, Il y a une raison à cette orientation. En 1959, Vicky Longomba a montré des signes de s'approcher des ressortissants de Mbandaka (Coquilhatville) à cause des divergences entre politiciens sur les options électorales. Dès lors, Vicky ne pense plus qu'à créer un orchestre au sein duquel il sera maître. Il va trouver Léon Bombolo Wa Lokole alias Bohlen et ensemble ils créent le "Negro-Succès". En s'attachant à Grand Kallé et au MNC, on fait pression sur Longomba pour lui dire que ce n'est pas bien qu'il quitte l'OK Jazz, parce que lui et Franco sont deux artistes pressentis d’une étoile qui allait les mener loin. Ce ne fut pas faux. C'est dans ce cadre de retrouvailles garanties que Franco fait un geste de rassurer Vicky quelques années plus tard, il oblige son petit frère, Bavon Marie-Marie Siongo d'évoluer dans le Negro-Succès à côté de Bohlen pour faire sa première école de pratique de musique professionnelle avant qu'un jour, peut-être, il entre dans l'OK Jazz. Souvenons-nous de cette phrase : "Mongongo ya OK mongongo ya Vicky bandeko, likembe ya OK maboko ya Luambo". C'est la consolidation même après plusieurs années de la relation Vicky et Franco par cette profession de foi. Enfin, en un mot, "Indépendance Cha Cha" n'est pas une idée ni l'initiative des délégués à la Table ronde, mais de Lumumba avec à la clé, Joseph Kabaselle entouré de Vicky Longomba et de Roger Izeidy. II. La chanson Indépendance Cha Cha La chanson "Indépendance Cha Cha" est née d'une hâte qui n'a pas donné de délai de venue au monde à la maternité de la composition musicale. Papa Longomba et Roger Izeidy m'ont raconté des histoires. Il y a des points pour lesquels les deux papas n'étaient pas d'accord autour de cette époque, cela à cause de vieux souvenirs autour desquels souvent ils discutaient tous les deux, tout en s'aimaient beaucoup. Au sujet de "Indépendance Cha Cha", les faits concouraient pour une même interprétation du récit. Lorsque Lumumba avait su que la "Table Ronde" allait être convoquée à Bruxelles, il s’empressera d’aller vite chercher Grand Kallé chez Longomba Vicky, après l'avoir cherché en vain un peu partout dans la ville. C'est finalement à Vicky Longomba que Lumumba déposera l'invitation et les billets d'avions pour six musiciens en insistant sur Kallé qui devait en faire partie. Dans son euphorie, Lumumba ne savait que les Belges ne voulaient pas de lui à la Table-Ronde de Bruxelles et qu'ils cherchaient à l'y faire exclure. Soudain, ils lui trouvèrent un motif pour le mettre en prison. On peut se souvenir d'ailleurs qu'à la suite de cette arrestation, lorsque les travaux de cette consultation tournaient en rond sans déboucher à une solution départageant la partie belge et la partie congolaise, Joseph Kasa-Vubu et ses collègues exigeront sans transiger pour que Patrice Émery Lumumba soit relâché et les rejoigne, sinon ils allaient boycotter les travaux de la Table-Ronde pour retourer à Léopoldville. Cet épisode est l'un des seuls instants ayant démontré comment les Congolais étaient unanimes pour un même objectif. Si cet état d'esprit a prévalu au cours des agressions à répétition de la RDC par le Rwanda et l'Ouganda, il y a à parier qu’on n’aurait pas tardé longtemps à chasser ces étrangers dans le pillage de nos richesses et les tueries de notre peuple ! Mais les politiciens actuels apparaissent pour la plupart faibles devant l'argent. En commémorant le cinquantenaire du Congo, il nous est recommandé de rappeler à la mémoire de tous les documents minute par minute et d'une manière explicite ce qui a paru forger l'Union Sacrée entre les politiciens congolais contre De Schrijver, l'un des représentants de la partie belge à la Table Ronde. Lorsque Lumumba arriva dans la capitale belge, les travaux de la Table-Ronde ne traînèrent pas. Les Belges étaient découragés de voir Lumumba à Bruxelles. Les archives du CRISP sont très clairs là-dessus. Mais en même temps, à cause de ce succès, somme toute congolaise, Joseph Mobutu, qui était dans le giron de Lumumba, présent à Bruxelles, entreprit à se montrer hostile à celui-ci, d'abord d'une manière moins clair puis dans la suite son attitude entra carrément dans l'attaque ouverte contre son mentor à Léopoldville, peu après l'indépendance. Aussi, commença-t-il à caresser l'idée de chasser Joseph Kasa-Vubu du pouvoir après l'avoir ridiculisé à maintes reprises. Pour l'instant, ce n'est pas de cette histoire là qu'il s'agit. Disons pour continuer le récit en terminant cette histoire autour de la création de la chanson fétiche de l’Indépendance que Patrice Émery Lumumba est l'auteur de "Indépendance Cha Cha". C'est lui qui a commandé cette oeuvre et la série qui s'ensuvit à Grand Kallé. C'est le MNC qui est à la base de la célébration de l'indépendance du Congo à l'Hôtel Plaza de Bruxelles. Le MNC savait qu'il avait une majorité de suffrages populaires. Il a organisé une plate-forme de représentation populaire très élargie pour asseoir son pouvoir pour un assez long mandat si la jeune démocratie congolaise n'était pas heurtée par les complots qui ont levé des sécessions et des rébellions aux lendemains du 30 juin 1960. A l’actuelle célébration du Cinquantenaire de l’Indépendance, il est tout à fait approprié de remémorer à l’intention des Congolais l'origine de la chanson "Indépendance Cha Cha" qui sert de chanson thème à presque tous les États de l'Afrique noire pour fêter leur cinquantenaire cette année 2010. Patrice Émery Lumumba mérite que l'on se souvienne de l'idée éclairée qu'il a eue pour célébrer notre sortie de la servitude des Belges. Même disparu peu après, cet homme a donné un message d'une actualité que l'on ne peut pas encastrer dans un âge limité. Indépendance Cha Cha est une oeuvre qui s'impose comme un héritage à perpétuité. III. L'Hôtel Plaza de Bruxelles Aussitôt que les ententes et la date de l'indépendance étaient fixées, il s'ensuivit un moment de joie que l'on ne pouvait pas contenir. Patrice Émery Lumumba a entrevu, par arrêté de la Primature, que les musiciens qui ont pris part à cette création des chansons célébrant notre liberté soient nommés pour occuper des positions de permanence dans la Fonction Publique afin d’assurer l'éducation culturelle des Congolais dans le cadre de civisme. Ceux qui furent pointés pour ces positions à Radio-Léopoldville sont : •Kallé Jeef ; •Mongita Albert ; •Vicky Longomba ; •Les Commissions pastorales des Églises ; •Les Chefs coutumiers, etc. L’idée était merveilleuse car elle allait favoriser la visibilité des créateurs artistiques dans les labyrinthes des Ministères. Le gouvernement de 1960 craignait que les musiciens ne soient utilisés comme le fit plus tard le MPR ou qu'ils soient complètement oubliés. Aujourd'hui, avec le recul des temps et un esprit de positive critique, on ne peut voir dans cette initiative qu'une disposition de bon sens. En effet, à bien voir les choses, ce que Joseph Kabaselle a écrit, on ne peut en éprouver avoir que l'admiration. Ce musicien s’est bien révélé le Père de la chanson patriotique. Sans entourloupette ni tourner autour du pot, force est de reconnaître qu’il a chanté le pays dans sa totalité en demandant à la population nationale de se sentir chez elle partout. Bon nombre de textes de ce répertoire nous rappellent cette épopée-là. Qui n'a pas entendu : 1.Bana Lipopo na bana Kisangani Equateur Mambenga mboka Kasa¨; 2.Congo ae Congo Ae bana na yo nde balongisi yo e ; 3.Toyokana e tolingana tosala na matata te o ; 4.Communiqué, communiqué ; 5.Ebale ya Congo ezali lopango te, ezali se nzela, etc ... L'African Jazz a insufflé une méthodologie de dialogue avec la Nation par la voie de la musique mise au service de la République avec la science pédagogique du savoir savant de Grand Kallé. Revenons maintenant à l'Hôtel Plazza. Roger Izeidy m'avait révélé qu'il y avait rencontré des Belges d'origine congolaise, c'est-à-dire ceux qui avaient un parent belgo-congolais, soit par la mère, soit par le père. Je ne sais pas si c'était au Plazza Hôtel, mais en tout cas, c'est à Bruxelles que Kallé et Roger ont découvert le musicien belgo-congolais Vicky Down. Ce dernier avait une femme belge et habitait au début des années '80 autour du terrain de Golfe de Kinshasa. Vicky Down était un pianiste de Jazz. Il a composé pour sa mère une célèbre chanson intitulé "Où elle est ma' Sukisa", chanson qui passait souvent à la Voix du Zaïre les après midi de mercredi, à cause d'un animateur qui aimait beaucoup cette œuvre musicale. C'est au cours du séjour bruxellois en marge des travaux de la Table-ronde que Joseph Kabaselle était allé dans la profondeur de la planète musique de Bruxelles et de Paris en rencontrant des talentueux correspondants belges de l’époque. Parmi ces musiciens inscrits à son agenda, il y a Brussole, peut-être Delanoë, les amis de Jacques Prévert et Vladimir Cosma, Vincent Scotto et Sarvil René, sans oublier ceux qui faisaient le beau temps avec les orchestres comme Rico Jazz. Docteur Nico m'a confié pour sa part qu'ils étaient entrés dans un studio dans un sous-sol de Bruxelles, et que là ils avaient enregistré tellement de chansons qu'il y en a jusqu'à ce jour qui n'ont pas été mis sur matrice, donc manufacturés sur le disque pour être vendu. Il n'empêche que ce séjour de Belgique pour la Table-Ronde fut d'une très grande importance. Il a révélé le prestige des musiciens congolais à l'étranger au point que Joseph Kabaselle embauchera Manu Dibango à partir de Bruxelles pour revenir avec lui à Kinshasa. Personne n'oublie les grandes compositions de ce génie du saxophone, du piano et de la guitare. Manu Dibango dans son répertoire kinois de l'African Jazz, a laissé des œuvres inoubliables telle "J'ai perdu la tête à Léopoldville" pour lesquelles l’artiste faisait esquisser des pas de danse "Twist" et "Munieru" chantés en Douala, une langue du Cameroun, sa terre natale. À partir de cette époque, Joseph Kabaselle a ouvert la route des "Mikili". C'est lui qui, le premier des artistes congolais, va y amener pour la première fois Franco. Malheureusement, Kallé va perdre de son lustre à la mort de Patrice Émery Lumumba. L'orchestre African Jazz va monter très haut, mais il aura beaucoup d'ennemis. Kallé espérait faire de la politique, on l'y a contraint en le sabotant. Avant l'indépendance, son Fan Club comptait les Christophe Gbenye (ils sont encore sans problème ni reproche), Elengesa que l'on va assassiner à Bakwanga, en août 1960, Jean-Pierre Finant et autres. Tous les Kabaidi, Sakombi Denis (grand frère de l'ancien Ministre de l'Information), Jean-Jacques Kande, Eketebi Mondjolomba, et autres étaient des grandes figures de l'African Jazz, mais ils ne pouvaient pas aider Kallé après la mort de Lumumba, car les services de sécurité de l'État le regardaient avec un grain de suspicion : il n'était plus le bienvenu dans le cercle des Grands de Léo. On verra quand l'African Jazz va éclater : il n'y aura pas de commentaire ni des efforts de la part des autorités pour agir en médiateur ou en facilitateur. Pour mémoire, il ne faut pas oublier que les Congolais retiennent une chose : c'est à l'Hôtel Plazza que les célébrations de l'indépendance ont été vécues pour la première fois avant le 30 juin 1960. Le Cinquantenaire de la RDC doit être pour tous un moment de grande joie et de réminiscence sans complaisance. Sauf que pour moi, je n'irai pas fêter, on tue trop les Congolais dans leur pays. Mais comme je ne vais pas passer cette interlude sans penser à ma mère Célestine Bayunga à Paris, je lui envoie cette chanson qu'elle aimait écouter avec ses collègues enseignantes à l'école des filles, dont l'épouse du Docteur Nico
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